Rudérales est une série ouverte en septembre 2024. Elle puise ses racines dans l’histoire de ma famille, paysans de père en fils et filles depuis plusieurs générations. Elle entre en écho avec mon film en fin de tournage Des jeux sans pain, et repose sur les recherches de Lynn Margulis, Marc-André Selosse, l’encyclopédie des plantes bio-indicatrices de Gérard Ducerf et les conférences de Hervé Coves.
Bayer, qui a racheté Monsanto en 2019, écrit sous Transformer l’agriculture Les maladies, les ravageurs et les mauvaises herbes sont autant de pressions qui diminuent la qualité et la quantité des récoltes. Les adventices, communément appelées mauvaises herbes, exercent une pression considérable sur les cultures à cause d’une compétition sur l’eau, les nutriments, la lumière.
Je préfère les appeler plantes rudérales, puisqu’elles poussent spontanément dans les milieux anthropisés. La considération des rudérales s’est modifiée depuis quelques années, grâce à un travail de recherche en botanique, y compris du côté de l’Inrae. Si certaines apportent avec elle un cortège de virus, champignons, bactéries et insectes dommageables aux cultures, le travail de la plupart sur le sol, l’air, la biodiversité, leurs relations avec les cultures est si considérable qu’il est difficile d’en estimer l’apport. C’est le cas par exemple du liseron dont les rhizomes sont mycorhyzés. L’avoine et le seigle sont des plantes rudérales qui ont été domestiquées. L’amarante et le chénopode, cousin de l’épinard sont cultivés chez des maraîchers. Le pourpier se trouve dans les assiettes des restaurants étoilés.
La longue existence des rudérales depuis la dernière glaciation, leur présence attestée dès la naissance de l’agriculture au Moyen Orient et leur migration dans toute l’Europe, leur résistance bien que certaines espèces aient définitivement disparues avec l’emploi massif des herbicides, forcent mon admiration et mon respect. Ici, j’expérimente à la fois le format d’un portrait et la forme caractéristique des vitraux à la taille de 150 cm x 100 cm pour rendre compte d’une forme de dévotion. Chaque plante porte son nom vernaculaire et son nom latin ainsi qu’une description de son travail.